La Vénus hottentote

Bonjour bonjour!

Alors on va directement rentrer dans le vif du sujet : les « bizarreries » (car oui, traiter une femme comme un objet,c’est une bizarrerie.)

Pour le tout premier article du blog, j’ai choisi l’histoire de Sawtche plus connue sous le nom de La vénus hottentote. A l’époque elle faisait partie de ce qu’on appelle les « freaks ». Mais on constateras au fils des articles, que les « monstres » d’hier sont le quotidien d’aujourd’hui.

Je vais donc vous faire (re)découvrir son histoire.

Sawtche serait née en 1789 à Gamyoos River (Afrique du sud) d’un père  Khoïkhoï et d’une mère Bochiman. Après un début de vie d’esclave chez  l’afrikaaner Peter Caesar,ou elle seras désormais nommée Saartjie (Sarah, en français), puis chez son frère Hendrick Caesar ,c’est en 1810 qu’un chirurgien militaire britannique du nom d’Alexander Dunlop, découvre sa spectaculaire morphologie. En effet, Saartjie possède une hypertrophie des hanches et des fesses ainsi que des organes génitaux protubérants.

LA VÉNUSHOTTENTOTE Estampe signée Léon de Wailly, 1805.

Bon je vous la fait courte, Alexander et Hendrick appâtés par l’argent, on en gros décidés de l’exposée dans les zoos humains d’Europe, en lui faisant miroité une fortune.

Elle arrive donc a Londres en septembre 1810, et elle y devient une phénomène de foire, elle est exposée dans une cage sur une estrade surélevée de quelques mètres, d’où elle sort pour faire admirer son anatomie, endurant l’humiliation sous le regard, les quolibets et le toucher de spectateurs encanaillés. A partir de la , elle sera connue sous le triste surnom de La Vénus Hottentote.

L’African Association intente un procès le 24 novembre 1810 contre Caesar accusé de l’exploiter, de l’exposer de manière indécente et de violer l’acte d’abolition de la traite des esclaves de 1807. Mais Saartje témoigne ne pas agir sous la contrainte, Caesar la fait passer pour une artiste et Dunlop produit un contrat (probable subterfuge légal), selon lequel elle percevrait une partie des recettes des spectacles (douze guinées par an). La Cour conclut à un non-lieu. Son baptême le 9 décembre 1811 dans la cathédrale de Manchester, avec l’autorisation spéciale de l’évêque de Chester, officialise son nom européen de Saartjie Baartman (le nom de Baartman qui signifie « barbu » en Afrikaneer étant peut-être choisi par référence à la barbe qu’arborait Hendrick Caesar). Elle est par la suite exposée dans le nord de l’Angleterre et l’Irlande .

Le trio part , suite a la lassitude des britanniques, tout d’abord en Hollande et a Paris en septembre 1814 (Ou d’ailleurs l’esclavage est toujours d’actualité.) Le même cirque recommence, mais en pire, elle devient un objet sexuel, ce qui la ferras tomber dans l’alcoolisme.

En mars 1815, le professeur de zoologie et administrateur du Muséum national d’histoire naturelle de France, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, demande à pouvoir examiner « les caractères distinctifs de cette race curieuse ». Après le public des foires, c’est devant les yeux de scientifiques (notamment le zoologue et anatomiste comparatif Georges Cuvier) et de peintres qu’elle est exposée nue, transformée en objet d’étude. Le1er avril 1815, le rapport du chevalier Geoffroy Saint-Hilaire compare son visage à « un commencement de museau encore plus considérable que celui de l’orang-outang ».La Vénus Hottentote

Et « la prodigieuse taille de ses fesses » avec celle des femelles des singes maimon et mandrill à l’occasion de leur menstruation. Mesurée sous toutes les coutures pendant trois jours, elle a cependant refusé de dévoiler son « tablier génital ».

Vivant dans des conditions sordides dans un taudis, Saartjie Baartman meurt dans la nuit du vendredi 29 décembre 1815, probablement d’une pneumonie comme le diagnostique Georges Cuvier lors de son autopsie, maladie inflammatoire compliquée de la variole voire de la syphilis.

Fin de l’histoire? Et bien non.

Cuvier, qui a récupéré son cadavre, en fait faire un moulage complet de plâtre.Estimant que Saartjie est la preuve de l’infériorité de certaines races, il entreprend de la disséquer au nom du progrès des connaissances humaines. À l’issue de la dissection, son cerveau, son anus et ses organes génitaux sont conservés dans des bocaux remplis de formol. Cuvier procède enfin à l’extraction du squelette et le reconstitue entièrement, os par os. En 1817, il expose le résultat de son travail dans sa publication « Observations sur le cadavre d’une femme connue à Paris sous le nom de Vénus Hottentote », qu’il présente devant l’Académie nationale de médecine.

On estime de nos jours que ce rapport témoigne des théories racistes et des préjugés de l’époque : « Aujourd’hui que l’on distingue les races par le squelette de la tête, et que l’on possède tant de corps d’anciens Égyptiens momifiés, il est aisé de s’assurer que quel qu’ait pu être leur teint, ils appartenaient à la même race d’hommes que nous; qu’ils avaient le crâne et le cerveau aussi volumineux ; qu’en un mot ils ne faisaient pas exception à cette loi cruelle qui semble avoir condamné à une éternelle infériorité les races à crâne déprimé et comprimé ». Cuvier décrit du reste Mme Baartman comme une dame sauvagesse de qualité, parlant trois langues et bonne musicienne.

Moule et squelette sont exposés dans la galerie d’anthropologie physique du musée de l’Homme à Paris fondé en 1937. Ce n’est qu’en 1974 qu’ils sont retirés et relégués finalement dans les réserves du musée (le moulage étant encore resté exposé durant deux ans dans la salle de Préhistoire).

En 1994, son moulage et son squelette sont sortis des réserves à l’occasion de la présentation d’une exposition sur « la sculpture ethnographique au XIXème siècle, de la Vénus hottentote à la Tehura de Gauguin », d’abord au Musée d’Orsay, puis en Arles.

Des demandes de restitution par la France de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman en Afrique du Sud existent sporadiquement dès les années 1940. En 1994, quelque temps après la fin de l’apartheid, les Khoïkhoï font appel à Nelson Mandela pour demander la restitution des restes de Saartjie afin de pouvoir lui offrir une sépulture et lui rendre sa dignité. La mobilisation de citoyens sud-africains est telle que de nombreux artistes s’emparent de Saartjie comme d’un mythe. Ainsi l’écrivain sud-africaine Diana Ferrus publie en 1998 A poem for Sarah Bartman, texte dont la popularité joue un rôle important dans cette mobilisation.
Ces demandes se heurtent à un refus des autorités et du monde scientifique français au nom du patrimoine inaliénable de l’État et de la science. Après le vote d’une loi spéciale de restitution du 6 mars 2002, la France rend la dépouille à l’Afrique du Sud.

Le 3 mai 2002, la dépouille de Saartjie Baartman est solennellement accueillie au Cap. Le 9 août 2002 (date symbolique correspondant à la Journée nationale de la femme en Afrique du Sud), après une cérémonie œcuménique, la dépouille, après avoir été purifiée, est placée sur un lit d’herbes sèches auquel on met le feu selon les rites de son peuple. Elle est inhumée sur la colline de Vergaderingskop près de Hankey, son village natal, en présence du président Thabo Mbeki, de plusieurs ministres et des chefs de la communauté Khoikhoï.

En conclusion, si on ne tient en compte que la taille de ses fesses, Kim K. et autres Nicki M., à cette époque auraient été exposées a qui veut bien s’en amuser..Oh attendez, cette facette est toujours d’actualité 😉 mais on noteras aussi que malheureusement si elle aurait été européenne peut-être qu’elle aurait menée une vie bien tranquille, étant donné le racisme ambiant de l’époque.

Si son histoire vous intéresse :

Les Cent Jours de la Vénus Hottentote – Nouvelle d’Henri Troyat

Vénus, il était une fois signifie maintenant – Pièce de théâtre de Lolita Monga

Vénus noire – Film d’Abdellatif Kechiche

Vénus noire – Bande dessinée adaptée du film, d’Abdellatif Kechiche et Renaud Pennelle

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